Presse

La gestion de la ville : le désarroi des politiques

Article paru sur El Watan le 10 – 03 – 2013

La beauté, l’équilibre et mieux encore, l’honnêteté d’une réalisation peuvent être le fruit du génie ou du simple talent, ou encore d’un travail consciencieux et sensible».(1) 
Que ce soit dans les discours des cafés, des réseaux sociaux ou même du président de la République, tous se rejoignent pour dire que «nos villes sont sales»(2) et décrient ce confinement de l’action urbaine dans cet énième et occasionnel, ravalement de façades, cette peinture des trottoirs et des arbres et cette construction dans l’urgence des blocs de béton et des cités dortoirs. La politique urbaine et la gestion de la ville, en Algérie, sont touchées par un strabisme chronique, pour ne pas dire une cécité. Malheureusement, ni la politique de l’habitat usitée, usée et obsolète depuis «l’ère Boumediene», ni les thèses farfelues des socialo-économistes, dénudées de toute logique urbaine, ni même les expertises des ingénieurs du tout béton armé, qui pullulent dans la presse, ne peuvent répondre aux attentes d’une ville en pleine mutation. La sauvagerie a atteint son paroxysme dans ce pays, le ridicule et la médiocrité ont un effet nocif sur le comportement du citadin et polluent son urbanité.
Toutes les théories exposées se valent. Elles nous parlent de nos gènes destructeurs, violents, de nos descendances, de la mémoire, de notre économie ou nos composantes sociologiques et j’en passe des théories les plus abjectes. Elles n’ont rien apporté de constructif à l’architecture urbaine et à l’urbanité.(3) A contrario, elles ont participé et participent encore à la «clochardisation de la cité». «Vous faites tout sauf de l’architecture», reprochait un jour mon enseignant, M. Guillois, à l’ensemble des universitaires de l’Institut d’architecture. Si seulement on pouvait voir, diagnostiquer et apporter une solution à ce mal : l’espace public est un espace violé, défiguré, balafré par ces multiples verrues que le propriétaire algérien (qu’il soit citoyen ou Etat) greffe sur les éléments qui forment l’espace urbain dans son ensemble : rues, places, trottoirs, façades, loggias, balcons, rien n’est épargné.
Tout ça devant l’impuissance des hommes de loi, d’abord, et le silence surprenant des architectes et urbanistes. Il faut comprendre l’origine du mal et comment l’espace public est malencontreusement approprié au vu et au su de tous. Commençons par ce niveau outrepassé. En bitumant parfois deux à trois couches au-dessus, ce qui représente environ 40 à 60 cm d’épaisseur, un bouleversement de tous les fonctionnements techniques de la chaussée apparaît. Les niveaux se confondent, les trottoirs se retrouvent au-dessous de la chaussée, les siphons ainsi que les avaloirs, engloutis lors des fortes précipitations, ne fonctionnent plus et rendent les rues impraticables.

Le chaos urbanistique algérien

Ainsi, l’Etat se dérobe face à ses responsabilités, laissant les espaces publics et les trottoirs aux mains des uns et des autres. Le propriétaire rehausse son trottoir, le personnalise, et, par précaution, car il est de nature très maligne et prévisionniste, pour ne pas dire équilibriste, construit sa bâtisse de façon à être plus haut, plus bas ou outrepassant, du moment qu’il peut se permettre sans être dérangé de s’approprier l’espace public. On assiste, impuissants à la multiplication de terrasses le long des boulevards et des rues, au détriment des piétons, tels que les personnes âgées, les enfants, les jeunes mères et leur poussette, sans oublier les handicapés qui n’ont d’autre choix que d’utiliser la chaussée en risquant de se faire renverser.
Le comble dans ce désordre, c’est que le propriétaire, le maître d’œuvre et les élus, par un accord tacite, sont convaincus que le trottoir et l’espace public sont du domaine privé, et il revient au pseudo-possesseur de les façonner selon ses désirs, ce qui est contraire à la réglementation algérienne en cours. Dans ce cas, la façade, elle aussi, peut être refaite selon ses désirs. C’est pour cette raison que l’on voit fleurir des styles qui frisent le ridicule : des clôtures de tous genres, des constructions s’inspirant du palais d’Aladin à celui d’Hollywood, sans parler bien sûr de ces boîtes de sardines avec des commerces au rez-de-chaussée et toutes sortes de champignons à l’étage.

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